28/12/2013

Mon quotidien extraordinaire.


Je voyais souvent  des personnes dans la rue avec une grande marque rouge au milieu du front. J'imaginais pleins de raisons, chamaniques, esthétiques, mais absolument pas la vraie qui est pharmaceutique. J'en appris la raison lorsque moi-même j'eus besoin de la corne de buffle. En effet, après une mauvaise nuit de fièvre, je passais voir mon ami Đao comme tous les matins à la librairie ; la joie d'être là l'emportant sur ma fatigue. En voyant mon état fébrile, il sort d'un tiroir un bout de corne et m'explique que lorsqu'on chauffe l'extrémité coupée et qu'on l'applique un certain temps sur le front, toute la maladie est aspirée. Comme je reste coquette même au bout du monde, je m'imaginais avec cette grosse tâche et je refusais le soin. Mais quelques minutes après, une fois partie, je regrettais et me promis d'essayer avant mon départ. Vivement la prochaine fièvre !






Voici Mẩy, la petite fille de Mấy (prononcer Maille et Meille, tout est une affaire d'accent). Une sacrée chipie de un an. Les enfants sont élevés différemment de ceux de mon entourage. Par exemple, on la laisse jouer avec une machette sans que jamais elle ne se blesse, elle équeute les haricots verts avec nous comme une grande, elle fait des bêtises en tout genre, elle me fait rire lorsqu'elle veut dormir dans la panière du chien, là par contre elle se fait gronder. Elle pleure quand Papa ou Maman quitte la maison. Elle est chouchoutée par toute la famille, reçoit des bisous sans arrêt, être un enfant ici c'est suivant les lois de la Nature. Un soir à table, Mấy racontait cette terrible histoire d'une petite fille du même âge morte de froid sur le scooter dans la journée même. C'est très triste, la vie est très fragile ici, et donc très précieuse...




Il y a quelque chose qui résonne fort en moi en cet endroit : c'est le le feu. Omniprésent il est la condition de la survie en hiver. Il réchauffe, sèche, nourrit. Nous passons tout notre temps autour de ce foyer. Le soir, on y cuisine, puis la famille se fait un brin de toilette (les jambes, les bras, la figure) dans la bassine à côté, puis reviennent se sécher. Ils sont ensemble à ce moment là, serrés dans les liens qui les unissent. C'est le feu pour pouvoir étancher sa soif et boire de l'eau chaude, eau qui provient directement de la rivière. C'est le feu qui nous permet de veiller en brodant après le dîner, entre femmes, les hommes se couchent avant, éreintés par une journée de durs travaux. C'est le feu qui parle à mon esprit, dansant dans le jour comme dans la nuit, on garde ses braises pour le petit matin. C'est la source que j'ai l'impression d'avoir perdu avec mes plaques et mon chauffage électrique à Paris...J'aime sa chaleur, ses couleurs, les images mentales qu'il véhicule, je suis certainement autour du feu comme assise face au paradis terrestre.

8 commentaires:

  1. Bon ,prochain appart à la campagne avec une cheminée !!!

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  2. Il y a une cheminée à Lésigny...c'est moins exotique, mais la sensation peut être la même !!!

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  3. C'est vraiment pas de chance, en 2014, les feu de cheminée sont interdit à Paris... Une mesure d'une bétise étonnante !

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  4. En France il est interdit de tout faire......Mais au Vietnam, c'est pas vraiment mieux...Finalement la liberté n'existe qu'à l'intérieur de soi !

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  5. La fin de mon texte : "Les Pigeons de Penzias et Wilson".
    Aveuglés par la lumière, la lumière de Dieu ( NDLR : qui l'a créé (sic)), on est aveugle, on ne voit plus dehors mais on voit dedans, on est libre... Ni Dieu, ni maître". Ce sont les dernier mot du texte !

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Le dragon indigo

  Retour carbonisé à Hanoï. ( Ce type dans son garage met sa musique à fond ! ) Hanoï, aux millions de tentacules, tu bourdonnes de tes abe...